Le texte de Zoe Leonard

Pour celles et ceux qui ont apprécié le texte de Zoe Leonard que je vous ai lu aujourd’hui à la tribune, le voici. (Librement traduit par ?)

«Je veux une gouine comme Présidente. Je veux qu’elle ait le sida, je veux que le Premier ministre soit une tapette qui n’a pas la sécu, qu’il ait grandi quelque part où le sol est tellement plein de déchets toxiques qu’il n’a aucune chance d’échapper à la leucémie. Je veux une présidente de la République qui a avorté à 16 ans, une candidate qui ne soit pas la moindre des deux maux ; je veux une présidente de la République dont la dernière amante est morte du sida, dont l’image la hante à chaque fois qu’elle ferme les yeux, qui a pris son amante dans ses bras tout en sachant que les médecins la condamnent.

»Je veux une présidente de la République qui vit sans clim, qui a fait la queue à l’hôpital, à la CAF et au Pôle Emploi, qui a été chômeuse, licenciée économique, harcelée sexuellement, tabassée à cause de son homosexualité, et expulsée. Je veux quelqu’une qui a passé la nuit au trou, chez qui on a fait brûler une croix et qui a survécu à un viol. Je veux qu’elle ait été amoureuse et blessée, qu’elle ait du respect pour le sexe, qu’elle ait fait des erreurs et en ait tiré des leçons.

»Je veux que le président de la République soit une femme noire. Je veux qu’elle ait des dents pourries et un sacré caractère, qu’elle ait déjà goûté à à cette infâme bouffe d’hôpital, qu’elle soit trans, qu’elle se soit droguée et désintoxiquée. Je veux qu’elle ait pratiqué la désobéissance civile. Et je veux savoir pourquoi ce que je demande n’est pas possible; pourquoi on nous a fait gober qu’un président est toujours une marionnette: toujours un micheton et jamais une pute. Toujours un patron et jamais un travailleur. Toujours menteur, toujours voleur, et jamais puni.»

 

“I want a dyke for president. I want a person with AIDS for president and I want a fag for vice president and I want someone with no health insurance and I want someone who grew up in a place where the earth is so saturated with toxic waste that they didn’t have a choice about getting leukemia.

I want a president that had an abortion at sixteen and I want a candidate who isn’t the lesser of two evils and I want a president who lost their last lover to AIDS, who still sees that in their eyes every time they lay down to rest, who held their lover in their arms and knew they were dying.

I want a president who has stood on line at the clinic, at the DMV, at the welfare office and has been unemployed and laid off and sexually harassed and gay-bashed and deported. I want someone who has spent the night in the tombs and had a cross burned on their lawn and survived rape.

I want someone who has been in love and been hurt, who respects sex, who has made mistakes and learned from them. I want a black woman for president. I want someone with bad teeth and an attitude, someone who has eaten that nasty hospital food, someone who cross-dresses and has done drugs and been in therapy.

I want someone who has committed civil disobedience. And I want to know why this isn’t possible. I want to know why we started learning somewhere down the line that a president is always a clown: always a john and never a hooker. Always a boss and never a worker, always a liar, always a thief and never caught."

Lettre aux militant-e-s

Cher-es ami-es,

Samedi 8 juin, nous  désignerons notre tête de liste parisienne pour les municipales de 2014.

Nous partons dans cette campagne en autonomie, convaincu-es d’un espace politique pour les écologistes dans cette échéance, en vue d’un résultat électoral qui nous permette de donner un nouveau souffle à Paris.

Dans cette campagne, nous voulons porter une écologie positive, l’écologie des solutions,  dont le projet soit mis en œuvre dans la concertation avec les habitant-es et rompe avec les méthodes de la précédente mandature – comme par exemple la façon dont la réforme des rythmes scolaires a été mise en place pour 2013. Une politique de proximité, qui sache être à l’écoute des attentes des parisien-nes, pour mettre en pratique et donner un sens véritable à la devise "penser global, agir local".

Pour porter cette autonomie, il nous faudra oser la différence, et la rendre visible. Cela se marquera d’autant mieux que notre tête de liste incarnera un renouvellement, et non un élu depuis deux mandatures aux côtés du parti socialiste. Montrer que l’écologie politique sait rester un pied dans le mouvement, un pied dans les institutions : être à l’écoute des aspirations citoyennes, et à la recherche constante des leviers institutionnels y donnant des réponses.

L’écologie politique est un projet de société : c’est cela que je veux que nous portions dans cette campagne.  Des réponses aux questions de pollution, de santé, de logement, de mobilités, de nature en ville, de relocalisation de l’économie et d’incitation aux circuits courts… Mais également une autre façon de penser les rapports sociaux, qui sache déplacer le regard et battre en brèche les idées reçues.

En matière d’éducation, de culture, d’accès aux droits et à l’information, de lutte contre les discriminations, de conception de l’espace public, nous avons également une vraie différence à faire valoir par rapport à nos partenaires de gauche – et a fortiori de nos adversaires de droite et d’extrême droite.

Pour faire entendre la voix des écologistes à Paris, la séquence de cette campagne devra être mieux réfléchie que ne l’a été celle de la campagne de la présidentielle : faire monter les enjeux environnementaux dès l’été, et tout au long de l’automne, pour mieux nous appuyer sur cette identification et faire valoir la différence de notre projet sur d’autres thématiques au cœur des préoccupations des Parisien-nes.

C’est pour ces raisons que je souhaite être la porte-parole des écologistes à Paris pour les municipales de 2014.

Si vous souhaitez m’apporter votre soutien, je vous invite à vous exprimer samedi 8 juin dès le premier tour.

Agenda

Je propose deux rendez-vous pour échanger avec les militant-es écologistes cette semaine dans le cadre des primaires EELV pour les municipales à Paris :
- lundi 3 juin  de 19h30 à 21h 30 dans le 6ème (Café Le Luxembourg, 58 Boulevard Saint-Michel, 75006 Paris)

- mardi 4 juin  de 19h à 21h au restaurant  le Lou Pitchoun   40 rue Etienne Dolet 75020  ( métro Ménilmontant)

Au plaisir de vous y rencontrer

 

 

 

Présentation au Dejazet le 31 mai 2013

Vous trouverez ci-dessous le texte de mes interventions lors de la soirée de présentation des candidat-e-s EELV à la tête de liste pour les municipales de 2014.

Présentation :

J’ai 42 ans, je suis enseignante à l’Université Paris 11, et directrice des études de mon département.  Je suis venue à l’écologie politique par le biais de l’activisme féministe et de la recherche universitaire. Depuis 2010, je me suis investie au sein d’EELV, sur le terrain en tant que co-secrétaire de groupe local du 14ème, notamment dans la campagne de la présidentielle et celles des législatives, mais également dans certaines de nos commissions et divers groupes de travail. Ma candidature à la tête de liste parisienne s’inscrit donc dans la continuité de mon engagement : je souhaite pouvoir porter ce que j’ai appris, mon expérience d’activiste, mes convictions et  mon enthousiasme dans cette campagne des municipales.

La vision politique des écologistes n’appelle pas à un chef suprême providentiel, mais à un-e porte-parole au service d’une équipe rassemblée pour porter une vision collective et inspirée du Paris de demain. Celles et ceux qui connaissent un peu mon travail militant savent que je m’efforce toujours de créer des liens, de rassembler, de soutenir des dynamiques d’équipe efficaces en interne.

Le Parisien de ce matin parlait du débat de ce soir en commençant  par « Qui sera l’homme des Verts pour les municipales à Paris ? » Malgré toutes les qualités de Bernard, Christophe, Jacques, Pierre, Stéphane et Thierry, j’espère parvenir à vous convaincre de choisir une femme, et malgré la longue expérience politique de Francine, vous faire adhérer à ma propre candidature.

1ère intervention :

Aujourd’hui Paris est une ville qui étouffe, dense, l’une des plus denses d’Europe, polluée et étranglée par le périphérique, en manque d’espaces verts, dont l’empreinte écologique reste lourde, souvent excluante pour les plus défavorisé-es, où se multiplient les îlots de monofonctionalité/activité (zones résidentielles, commerciales,) où se creusent les inégalités et où se distend le lien social.

L’écologie des solutions, c’est celle qui répondra à toutes ces problématiques à la fois et saura réenchanter le quotidien. Et pour cela il nous faudra avoir une vision stratégique et transversale, qui pense véritablement sur le long terme de la ville du 21ème siècle : penser 2020 et au-delà pour dessiner une éco-métropole riche de mixités et de dynamiques, phare de la transition énergétique, et accessible à tout-es. Une ville qui respire, une ville dynamique, une ville riche de liens sociaux et conviviaux permettant de favoriser l’action citoyenne. Cela inclut que l’on ne puisse penser séparément infrastructures et lien social, et que les infrastructures soient conçues de façon à renforcer l’empowerment des habitant-es et leur capacité d’agir et qu’elles favorisent le changement des modes de vie que nous souhaitons promouvoir.

Quelles infrastructures pour une ville verte ? Nous  sommes plus favorables à une vision mettant en avant les maillages fins de quartiers et de territoires qu’à des grands projets pharaoniques, mais le renforcement de la trame verte et bleue parisienne sera un axe fondamental de notre projet.

En matière de logement, nous plaidons pour des compétences accrues à la région , plutôt qu’au niveau de Paris métropole, mais nous avons des leviers municipaux pour faciliter l’accès à des logements décents pour tou-tes :

  • conversion des bureaux vides en logements,
  • étude des possibilités de rehausser certains immeubles de quelques étages plutôt que la construction de tours énergivores et dénuées de convivialité ;
  • et peut-être bientôt un outil supplémentaire contre l’exclusion par le biais du Droit de Priorité locatif,

En termes d’énergies, faire de Paris la ville phare de la transition énergétique par une politique volontariste en la matière dans la continuation du Plan Climat et de la lutte contre la précarité énergétique, et en favorisant les initiatives citoyennes.

En termes de mobilités , si le réseau de transports doit être dessiné à l’échelle régionale et métropolitaine, nous devons également penser les mobilités en termes de maillage fins :

  • continuer à réduire la part de l’automobile dans Paris en développant les les circulations douces et l’intermodalité,
  • développer le réseau cyclable au niveau métropolitain,
  • mettre l’accent sur une voirie accessible à tout-es et tous car penser la ville en terme d’accessibilité handicapés bénéficie à chacune et chacun des,
  • et travail sur les itinéraires piétonniers.

Enfin, nous devons repenser le périphérique pour décloisonner, dépasser les limites et affirmer les maillages et continuités. S’il est difficile d’envisager de le recouvrir en entier, comme cela a été fait Porte de Vanves, en raison du gigantisme du coût que représenterait l’opération, nous pouvons multiplier les façons de cesser de le penser (le percevoir) comme une limite et réduire ses nuisances en matière de pollution et de bruit, par l’abaissement de la vitesse autorisée, par des couvertures partielles, des passerelles vertes pour renforcer le lien et les continuités avec les communes avoisinantes, l’aménagement des portes pour en faciliter l’accès piéton et cycliste

Nous inspirer de Barcelone pour la façon dont les Rondas sont conçues et insérées dans l’espace urbain pour ne pas rompre les continuités de territoire pour les habitants.

 2ème intervention :

En matière de lien social, à nouveau, c’est une politique de maillage fin que nous devons prôner dans un objectif  de transition sociale et sociétale et d’inclusion des « sans » : sans papiers ou sans logement, précaires ou victimes d’autres exclusions ne doivent pas rester sans voix, et les politiques municipales doivent se décliner dans une démarche d’empowerment, tout autant que de développement des circuits courts et de l’activité économique locale ou micro-locale.

Cela passe par une politique volontariste en matière de promotion de l’économie sociale et solidaire, d’accès aux droits, d’accès aux soins, à la culture, de lutte contre les discriminations, d’éducation non-sexiste dès la crèche. Cela passe aussi un mode de gouvernance qui s’appuie sur la concertation et la démocratie participative, et sache se décentraliser. Le but est de  permettre le tissage d’une ville résiliente et solidaire en réseaux de quartiers vivants, d’un Paris cosmopolite, d’un Paris de la  convivialité et de l’égalité dans la diversité.

Nous devons favoriser l’économie sociale et solidaire par le biais de clauses dans les appels d’offre des marchés de de la ville, et en réorientant ces derniers vers l’ESS, favoriser l’activité au cœur des quartiers en y favorisant l’implantation de petits commerces et d’ateliers,  favoriser une politique culturelle de proximité , la mise à disposition de lieux collectifs, ouvrir des Maisons de santé et des sexualités de proximité.

Il nous faut favoriser la synergie entre les politiques publiques de la Ville de Paris et les actrices et acteurs des dynamiques sociales : l ’action collective porte ses fruits quand coïncident la prise de conscience collective, l’action des collectifs citoyens et la vision politique stratégique.

Je pense que nous arrivons dans un tel moment de l’écologie politique. De nombreuses initiatives d’innovation sociale  existent et sont en train de naître ou de se fédérer, comme le montrent des mouvements tels que les colibris, ou le récent Collectif pour la transition citoyenne. L’évolution des mentalités est en train de se faire, à nous de montrer que nous pouvons en être les relais efficaces en termes de politiques municipales en actionnant les bons leviers. Les représentants de ces mouvements, certain-es de nos candidat-es sont déjà allés les chercher pour l’organisation de leurs soirées thématiques, d’autres dans les arrondissements les accompagnent sur le terrain depuis des années  .Il nous faut amplifier ce mouvement d’ouverture aux initiatives, aux idées et aux personnes pour construire notre campagne.

Conclusion :

Je conclurai en citant non pas Ilich ou Gorz, mais Patti Smith qui déclarait, en ouverture d’un concert de soutien à Ralph Nader lorsque celui-ci représentait le Parti Vert américain aux présidentielles de 2004 : " I believe that the Green Party is the Emerald City of the Future. " En français, : je suis convaincue que le parti écologiste est  la Cité d’Emeraude de l’avenir. Et si la référence au magicien d’Oz n’est pas aussi ancrée chez nous qu’aux Etats Unis , elle n’en demeure pas moins pertinente par rapport à  ce que nous devons faire dans cette campagne : montrer que nous avons cette vision d’un Paris écologiste, en résonance avec un imaginaire collectif, donner à voir que nous sommes le parti qui ose renouer avec l’utopie et la rendre concrète.

Week-end contrasté

Un samedi marqué par la déception du faible nombre d’écologistes à la manifestation contre Monsanto sur la place du Trocadéro, à quelques stations de métro du lieu du Conseil Fédéral où étaient tous nos représentants connus des médias, et par le superbe dédain qu’ont montré ces médias envers une manifestation MONDIALE contre une entreprise qui a une telle emprise sur notre monde. Puis par le plaisir de la lecture d’un positionnement audible d’EELV pris par le Conseil Fédéral, qui crée l’évènement.

Un dimanche sur un marché, et à une après-midi à superviser des devoirs et réfléchir sur les municipales parisiennes, tout en bondissant d’indignation sur :  la Manif pour Tous qui déversait son homophobie dans les rues et sur Twitter, le Festival de Cannes qui a réussi le prodige de palmer un film sur un couple de lesbiennes tout en le dépolitisant et en suscitant une vague de propos homophobes et sexistes, avec une seule réalisatrice sélectionnée, tout en mettant à l’honneur les propos méprisants envers les femmes d’un violeur de mineure de 13 ans, et le déferlement de stupidités roses sur la fête des mères. Bon, j’avais invité ma mère à déjeuner.

La découverte d’une motion portant sur l’inscription d’un Droit à la Priorité Locative dans la loi Duflot 2 à l’automne, adoptée par le Conseil Fédéral. Ce DPL est un dispositif qui irait plus loin que ceux de "Louez solidaires" et donnerait le pouvoir aux collectivités locales de préempter les logements vacants pour les attribuer à des personnes en situation de priorité DALO ou en attente de logement social. Ce dispositif reposerait sur : un système d’intermédiation et de gestion de biens ainsi qu’  un accompagnement des personnes.  Il permettrait de loger les gens dans le confort, la dignité et la continuité à moindre coût que dans les nuits d’hôtels où sont investies des sommes colossales par la finance publique.  Il serait financièrement indolore pour les propriétaires, ce qui permettrait de ne pas créer d’opposition à la mesure.

Et cela nous arrive au moment où nous nous engageons dans la campagne des municipales et où nous pouvons démontrer les effets concrets qu’aurait sur la ville de Paris les actions conjuguées des élus écologistes aux niveaux européen (Karima Delli), gouvernemental (Cécile Duflot), régional (Emma Cosse), et municipal. Et cette motion est portée par un de nos militants appartenant à un mouvement qui milite et construit une réflexion depuis des années sur la question du logement.
Outre le fait qu’elle nous donne des outils à mettre en oeuvre, cela démontre aussi ce que nous arrivons à faire comme parti lorsque nous prenons au pied de la lettre cette idée forte des écologistes : un pied dans le mouvement, un pied dans les institutions.

Et cela me paraît de bon augure.

Première réunion de présentation de ma candidature

Ce texte est celui que j’ai prononcé devant les militant-es lors de ma première réunion de campagne interne le jeudi 25 avril. 

Je commencerai par me présenter, avant de vous parler des raisons qui motivent ma candidature, du sens que je souhaite donner à celle-ci, de la vision de notre projet que je souhaiterais qu’EELV porte dans cette campagne des municipales, du Paris que je voudrais que nous rêvions et réalisions, et de campagne que je souhaiterais que nous y menions.

Je vous avoue sans détour que j’ai l’intention que nous y prenions plaisir, c’est une dimension de l’écologie conviviale à laquelle je suis attachée.

Je suis enseignante. Je viens tard à l’engagement dans un parti politique, essentiellement en raison d’une longue méfiance des partis et d’un doute prononcé sur leur capacité à transformer notre monde de façon positive. J’y viens par le biais de la recherche universitaire, sur des mouvements sociaux américains, avant de choisir l’action. Investie dans le mouvement des IUT en lutte contre la loi SRU en 2007- 2008, j’ai ensuite rencontré la Barbe, où je me suis engouffrée

Et c’est parce qu’EELV savait se placer à la croisée des chemins de mouvements dans lesquels je croyais que j’ai finalement adhéré à un parti politique.

Vous l’avez compris, ma candidature est une candidature activiste et militante.
Je crois qu’il ne nous faut pas oublier cette dimension de notre action politique.

Au vu de la profonde crise de confiance du politique, il nous faut nous rappeler que le danger qui nous guette dans ces municipales, c’est le retour de la droite, et de la droite la plus réactionnaire et la plus régressive, sous un fin vernis de modernité, une droite responsable d’un délitement social  et sociétal dont nous avons encore constaté la virulence sur la question du mariage pour tou-tes . Et dans le contexte de crise sociale, économique et environnementale que nous vivons, notre responsabilité est de restaurer cette confiance de nos concitoyen-nes dans le politique. Cela passe par la préconisation des bonnes pratiques. Et il nous revient de montrer le chemin de l’exemplarité en les traduisant en actes : pour citer Gandhi, il s’agit d’être le changement que nous voulons voir dans le monde. Je souhaite que nous conservions notre part de politique autrement, en la donnant à voir.

Car une des raisons du manque de crédit des politiques en ce moment auprès de nos concitoyen-nes est la professionnalisation excessive des élu-es  qui caractérise notre système : pour être candidat-e, faut-il donc nécessairement être déjà élu-e ou assistant-e d’élu-e ? Qu’EELV soit dans la « politique autrement » se donne à voir et cela passe aussi par l’audace, par l’investiture de candidat-es qui ne rentrent pas dans les cases pré-établies.

Cela passe également par la façon dont nous tenons nos engagements en matière d’exigence sur nos pratiques politiques, dont nous nous appliquons les principes que nous prônons : cela concerne notamment le cumul des mandats, en particulier en simultané. Le cumul des mandats dans le temps est une question plus complexe, et qui relève aussi de la responsabilité individuelle et collective des candidat-es et des militant-es. Elle pose aussi la question de la transmission de l’expérience, et des processus qui sont mis en place pour faciliter cette dernière et faire émerger des potentiels dans les groupes locaux.

Mais ce n’est pas parce que ma candidature est militante qu’elle est réductible à une candidature de témoignage. Je souhaite aussi avancer une certaine vision de notre projet, que je souhaite qu’EELV porte dans cette campagne. Je vais la développer ici.

L’échec des Verts à Paris en 2008 tient en grande partie, outre les déchirements internes qui ont laissé l’équipe exsangue à l’ouverture de la campagne, à la capacité qu’a eu Delanoë à s’accaparer le bénéfice politique des réalisations portées par les élu-es vert-es depuis 2001, et par notre difficulté à être identifiés de façon distincte de nos partenaires socialistes par les Parisien-nes

Il sera donc important que notre projet permette cette identification – et qu’elle suscite une adhésion plus large.

A cet égard, le débat concernant le tramway des gares est intéressant. Un de nos candidats à la tête de liste a lancé l’idée d’en faire un projet emblématique et structurant, un axe de campagne. J’avoue ne pas avoir d’avis tranché, mais trouve l’idée intéressante : je vois bien l’intérêt de marquer le paysage urbain, d’une façon qui par-delà les transports recompose la ville, tout en m’interrogeant sur le coût et le bénéfice environnemental et social.

Je me dis cependant que répondre aux Grands Projets Socialistes pour Paris par un grand projet écologiste n’est peut-être pas pour nous l’option la plus structurante. L’un de nos clivages les plus visibles avec la majorité municipale actuelle a résidé dans notre opposition à maints projets pharaoniques dispendieux et à l’utilité discutable, continuons à nous faire entendre là-dessus. Mais portons notre opposition de façon positive, et en fonction des préoccupations de nos concitoyen-nes, en répondant à leurs préoccupations du quotidien : logement, emploi, santé, mobilité, vie quotidienne…

J’aime pour cela l’axe de faire de Paris une ville en transition : plus durable, plus autonome, et plus solidaire – avec comme principes ce que Lipietz proposait de substituer à notre devise républicaine : autonomie, responsabilité, et solidarité – en y incluant l’égalité.

Les éco-quartiers pourraient en être une illustration emblématique, à condition d’y intégrer véritablement une dynamique économique, sociale et citoyenne qui mette en réseau. Mais faute d’espaces de recomposition urbaine radicale disponibles dans Paris, nous devons appliquer cette démarche à l’existant.

Pour cela, je souhaiterais que nous incorporions pleinement dans cette campagne un axe qui me tient à cœur dans mon engament et mes convictions. Cet axe englobe des thématiques qui sont pleinement identitaires pour EELV, au même titre que l’énergie et l’environnement, mais que nous avons tendance à penser de façon disparate : qu’il s’agisse de justice sociale, de droit à un logement décent pour tou-tes, d’éducation émancipatrice, d’accès à la santé, d’égalité , de droit des étrangers, de mariage pour tou-tes, d’égalité femme/homme, de solidarité intergénérationnelle et de lutte contre les discriminations, ces éléments relèvent d’une transition sociale et sociétale, qui est à mon sens un des piliers de la transition écologiste de la société. Je souhaite que nous fassions mieux entendre cette dimension de notre combat politique.

Il nous faut montrer vers où pointe notre boussole, le donner à entendre aux Parisien-nes et à voir à nos partenaires politiques.

Il nous faudra aussi savoir créer une adhésion plus large que notre socle électoral plancher tel qu’il est apparu à la présidentielle et aux législatives. Et pour cela il faudra mobiliser plus largement. Nous avons fait le choix courageux d’une candidature autonome, il faut nous donner les moyens de la construire, et cela implique de croire en la possibilité de notre succès et de montrer nos convictions.

Si c’est un peu abstrait, revenons à du plus concret. Paris est un territoire très hétérogène, au sein d’un Grand Paris, d’une métropole également très inégalitaire. Or, ce que nous souhaitons faire, c’est réduire ces inégalités tout en répondant aux exigences de la crise environnementale. Pour cela, ce que nous devons insuffler c’est un maillage des quartiers de Paris très inégaux en dynamiques et atouts. Il nous faut donc privilégier les maillages d’initiatives, avoir une approche globale et transversale. Cela se décline donc sur un ensemble de sujets. Je n’essaierai pas ici d’être exhaustive, et citerai seulement quelques aspects.

Ainsi, en matière de santé, nous sommes identifiés sur la santé environnementale, ainsi que sur la prévention, mais trop peu encore sur les questions d’accès aux soins, malgré le travail de nos élus-es à la Région. Or, le manque de médecins conventionnés sans dépassements d’honoraires se fait criant à Paris, et est un frein à l’accès aux soins pour nombre de parisien-nes. L’hôpital public, vers lequel se tourne alors des demandes qui ne devraient pas lui être adressées, n’est plus en capacité d’y répondre de façon adéquate. L’action municipale a ici la possibilité de leviers d’action, par la création de formes de maisons de santé dans les quartiers les plus démunis, en complément des centres de santé existant. De façon plus transversale, on peut penser à d’autres dispositifs similaires pour aider à la vie quotidienne des habitant-es : maisons des adolescent-es, dispositifs d’accompagnement à la parentalité …

En matière d’emploi, Paris est une ville où les cadres sont surreprésentés par rapport à la moyenne nationale, mais où le taux de chômage continue de croître, et où les populations défavorisées sont nombreuses. Il nous faut donc utiliser tous les leviers de l’action municipale dans ce domaine, pour aider à la création d’emplois non délocalisables et respectueux de l’environnement, en favorisant le développement d’une économie de « circuit court », en rééquilibrant les soutiens au développement économique en faveur de l’ESS, en réorientant les budgets municipaux (déchets, transports…) en faveur de cette dernière. En favorisant l’innovation sociale et en encourageant les démarches d’empowerment : répondre à la crise en rendant les gens autonomes, en favorisant des dispositifs et des plateformes de mise en réseau, y compris dans l’entreprenariat. Du point de vue des maillages des quartiers, permettre de recréer de la vie de quartier dans des endroits qui en sont dépourvus en y favorisant l’implantation de commerces adaptés et d’artisan-es est un exemple de levier.

Cela passe aussi par une action de la municipalité pour que les habitant-es puissent pleinement s’approprier leur ville et leur quartier : par la démocratie participative et par une information plus transparente et plus accessible sur l’existant et par une politique volontariste en matière d’accès aux droits.

Pour être efficace, notre action doit également s’appuyer sur un mode de gouvernance qui va au bout des projets dans leur suivi au plus près. Lors du passage de la réforme sur les rythmes scolaires de Delanoë, la gestion de l’éducation nous est apparue comme très gestionnaire et centralisatrice, en déconnexion des réalités du terrain. Il nous faudra rompre avec cela.

Cela est d’autant plus important que je souhaite que dans la vision du Paris de demain que nous porterons, une large part soit faite à notre réflexion sur la place des jeunes dans la ville, de la petite enfance aux étudiant-es, et à la solidarité intergénérationnelle.

Je souhaite également que nous faisions monter dans cette campagne la problématique des biens communs, encore trop peu audible : culture, numérique, eau…

Ce ne sont là que quelques pistes pour renouer avec l’utopie.

Mais  pour une campagne efficace, il nous faudra porter une écologie constructive, l’écologie des solutions.

Cette campagne, déterminée et joyeuse, il nous faudra la construire collectivement, afin que nous retrouvions une place à la Mairie de Paris qui nous permette de transformer cette vision en actes.

Lettre de candidature

Je vous présente aujourd’hui ma candidature pour mener la tête de liste parisienne d’Europe Écologie les Verts pour les élections municipales de 2014. Je suis enseignante, militante écologiste et féministe, membre de la Barbe, et co-secrétaire du groupe local du 14ème arrondissement de Paris depuis 2011.

Ma candidature est celle d’une secrétaire de groupe local. Nous sommes la vie de ce parti. Nous sommes le premier visage des adhérents de ce parti. Nous sommes le relais du groupe local  vers la vie plus large du parti dans la ville, la région, le national, et au-delà. Nous sillonnons nos arrondissements, que nous connaissons bien.  Nous tissons des liens avec les militant-es, avec les élu-es, les associations et autres partis de nos quartiers, avec les habitants. Nous incarnons l’écologie politique du quotidien.

C’est un mandat auquel nous n’avons pas été formé-es. Ni à l’animation d’équipe, ou de réunion, ni à la gestion de listes, de sites internet, à la rédaction de communiqués de presse, à la mise en page de tracts. Ni aux relations avec les élu-es. Et pourtant, c’est une tâche que nous accomplissons, au quotidien, campagne après campagne. C’est une fonction à laquelle je suis arrivée presque malgré moi, parce qu’il fallait y aller. En tant que co-secrétaire du 14è arrondissement depuis 2011,  j’y ai animé la campagne présidentielle et les campagnes législative de deux circonscriptions en 2012.

Heureusement, j’y avais été un peu préparée. J’ai été maréchale (coordinatrice) de la Barbe pendant une année de folie. Nous étions une poignée d’activistes à faire action sur action, pendant que je travaillais et élevais mes filles, tout en répondant aux sollicitations des médias, aux dizaines d’emails quotidiens. Une formation permanente, par les réunions, les lectures, la rédaction de tracts et de manifestes, mais aussi grâce aux rires, aux rencontres… et aux amours. C’est ainsi que nous avons, mégalomanes que nous étions,  pu rassembler trois mille personnes un beau dimanche de mai à Paris.  Tout un esprit de groupe, de travail en équipe, qui ne m’a plus quitté.

 

Puis la rencontre d’EELV en janvier 2010, soirée de campagne des régionales. Je venais d’adhérer aux Verts.  Je voyais là la fusion d’un parti politique et de mouvements sociaux exigeant une vraie transition de notre société, impulsant la transition écologique et s’y articulant intimement. Nous étions la société en mouvement, la bouffée d’oxygène  politique dans le marasme environnant, l’étincelle de vie… Et ces mouvements étaient nombreux, de la Barbe à la Quadrature du Net en passant par Act Up, Jeudi Noir et Don Quichotte. Et nous étions résolus à amener le mouvement dans les institutions, et nous avons commencé à le faire. Moment de fébrilité, d’enthousiasme, et de jaillissement d’idées…

 

Et puis …. Quelque chose a calé. Nous sommes entrés dans les institutions, et je m’en réjouis, car nous sommes là pour construire une écologie de gouvernement, capable de mettre en œuvre la transition écologique. Mais nous avons perdu quelque chose. Et je veux que pour cette campagne des municipales, nous le retrouvions. Et que nous repartions sur cette base, à tous les niveaux au sein de notre parti. Que nous réinstaurions cette politique autrement à laquelle nous avons l’audace de croire encore. Avec la même exigence.  Où notre parti s’exprime haut et clair pour appuyer l’action de nos élu-es, leur permettre de démontrer la radicalité pragmatique des écologistes… et de mettre en œuvre notre projet pour une société plus juste et durable.

 

C’est cela que nous voulons réaliser à l’échelle de Paris, un projet dont nous dessinons en ce moment collectivement les  contours, militant-es, secrétaires, élu-es, puisant nos inspirations des mouvements que nous côtoyons et soutenons. Un Paris qui s’inspire des villes en transition, où l’on puisse mieux grandir, se loger, travailler, se déplacer, flâner, respirer et vivre décemment.

Nous avons fait le choix d’une candidature en autonomie, parce que nous aspirons à représenter une véritable alternative et à construire une écologie majoritaire. Mais si nous voulons convaincre les Parisien-nes d’adhérer à notre projet, il nous faudra retrouver cette flamme perdue. Il nous faudra un sursaut, un réveil écologiste.

Il nous faudra rallumer les lumières, raviver les étincelles dans les yeux des Parisien-nes, comme autrefois l’allumeur de réverbère, qui traversait la ville jusqu’au petit matin.

Amitiés écologistes,

Florence Pélissier-Combescure,

Co-secrétaire de groupe local du 14ème arrondissement de Paris